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60 84 / 16. 5,58 . . . 300 . 183 - 392000, , , 106, . 14 , 08-01-70106/ Nicolas Dujin (Universite Paris-1 (Pantheon Sorbonne)) DE LUSAGE DES PRISONNIERS RUSSES, 17991800 En lanant lexpdition dEgypte, le Directoire avait malencontreusement provoqu lentre en guerre de la Russie. En effet, cette dcision servait au mieux les intrts russes dans lEmpire ottoman. LEmpire des tsars, grce aux Franais, trouvait auprs de la Sublime Porte les arguments ncessaires un accord depuis longtemps dsir. En consquence de sa politique orientale, le tsar rejoignait ainsi les coaliss contre la Rpublique.

Les Russes taient prsents sur tous les fronts, aux cts des Anglais et des Autrichiens, en Mditerrane orientale, en Italie, en Rpublique Helvtique, puis en Hollande. Lentre en guerre de la Russie plaait ainsi ses armes aux portes de la France, brisant les distances gographiques et culturelles. Linconnue russe tait toute proche, toute menaante, avec un dploiement de prs de quatre-vingt mille soldats. Seules les quelques personnes qui avaient voyag ou habit et travaill en Russie en avaient une ide plus claire et moins charge de prjugs. La France dcouvrait ainsi la Russie par la guerre: les Russes taient les envahisseurs potentiels, les ennemis de la libert, dfendant les intrts dun despote oriental.

Au tournant de 1799, la conduite des oprations militaires tait la seule priorit. La politique formule vis--vis de la Russie visait avant tout laffaiblissement militaire des troupes russes et la dislocation de la coalition. Lurgence de la guerre et la peur dune ventuelle invasion donnrent lieu de nombreux projets pour seconder leffort des armes de la Rpublique. Quelques uns aboutirent, dautres, souvent insenss, ne quittrent pas les cartons des diffrents ministres concerns. Pendant son court passage au ministre des Relations extrieures, Reinhard se montra particulirement attentif quelques propositions formules par un certain citoyen Guttin.

Ce Franais ayant longuement rsid en Russie mit alors ses connaissances au service de la Rpublique, lanant diffrentes ides pour affaiblir la Russie. Un usage particulier des prisonniers russes y tait prsent, dans lintrt de la Rpublique. Laffolement du Directoire explique sans doute quon ait accord quelque crdit pendant une courte priode aux projets souvent fantaisistes de Guttin. Derrire le caractre anecdotique et parfois comique de ces projets, cest toute la question du sort des prisonniers de guerre qui est engage. Il est rvlateur que ce soit ces mmes prisonniers que le consul Bonaparte se proposa ensuite dutiliser, afin de montrer au tsar sa grandeur dme. A une poque o aucune convention ne prcisait le sort que lon devait rserver aux prisonniers de guerre, si ce nest une conception relativement partage du droit de la guerre, les prisonniers reprsentaient des instruments pour leffort de guerre et la politique diplomatique.

Une vaste entreprise de propagande Les seuls contacts existant entre la France et la Russie tant dordre militaire1, les armes russes devaient tre la cible des diverses tentatives hostiles du Directoire. De ce fait, le ministre des Relations extrieures ne pouvait que seconder de son mieux les efforts de larme. Comme dans bon nombre de conflits, les prisonniers pouvaient tre appels jouer un rle particulier dans ces actions. Ils constituaient une monnaie dchange ventuelle, si des cartels pouvaient tre mis en place. Cest dans cet esprit que le gnral Joubert qui, ayant dmissionn de son poste de gnral en chef de larme dItalie en janvier 17992, rsidait alors Paris en qualit de chef de la 17e division3, et Talleyrand, ministre des Relations extrieures, mirent lide dutiliser larme de la propagande contre les armes russes, en faisant rdiger des proclamations pour les diffuser dans les rangs ennemis. Depuis le dbut des guerres rvolutionnaires cette pratique stait largement rpandue. Le feld-marchal Suvorov avait us du mme procd en Italie, demandant aux Pimontais de se joindre aux armes austro-russes pour librer le nord de la pninsule4.

Les connaissances dun certain citoyen Guttin furent mises en uvre pour appliquer ce plan. Personnage obscur ayant rsid en Russie sous Catherine II, o il aurait exerc les fonctions dinspecteur gnral des Manufactures impriales, il tait rentr en France en 1796 et courait depuis affaires et autres adjudications. Paralllement, il avait littralement assig le ministre des Relations extrieures, lui soumettant des rapports sur ltat de la Russie en gnral et sur ses forces militaires en particulier. Il dfendit dans un premier temps un projet ambitieux dalliance avec le tsar Paul Ier, considrant que seul un accord franco-russe permettrait la Rpublique de mener une ambitieuse politique trangre. Toutefois, dans le contexte de la Deuxime Coalition, il avait rang ses projets dans ses cartons et se proposait plutt de seconder leffort de guerre en mettant ses connaissances de la langue russe et de la Russie au service du Directoire. Ces mmoires veillrent tout dabord la mfiance au ministre de la guerre. Lon renvoya laffaire au ministre des Relations extrieures, o le citoyen Guttin tait dj connu5. Ainsi, "A lapproche des Russes sur le Rhin et en Italie, [il reut] du Directoire la mission de rdiger des proclamations en langue russe et polonaise, et de procurer des naturels de ces deux nations pour les rpandre dans les armes ennemies. Cette mission [lui] fut transmise par le ministre, le C[itoy]en Talleyrand, elle a t excute".Lentreprise ne manquait pas denvergure: pour la mener bien, dix-huit mille proclamations furent imprimes, en russe et en polonais. Le contenu exact de ces proclamations nest pas donn par Guttin; il sagissait trs vraisemblablement de dclarations sur la libert, avec de pressants appels la dsertion. La version polonaise de ces proclamations laisse de mme supposer une exaltation des sentiments patriotiques des Polonais enrls dans les armes russes. Les rcents dcoupages du royaume de Pologne prsentaient un argument tout trouv pour dstabiliser les units polonaises engages sous les drapeaux russes. Il sagissait cependant dun expdient, dune fragile arme de propagande.

Une fois ces proclamations rdiges et imprimes, il fallait pouvoir les diffuser auprs des troupes russes. Si les connaissances du citoyen Guttin pouvaient servir la Rpublique, on note demble une certaine mfiance face certains projets pour le moins fantaisiste concernant la ralisation de cette mission. On se proposa dutiliser un ballon. Le moyen tait spectaculaire, mais prsentait divers inconvnients: il pouvait impressionner les soldats, mais il fallait encore pouvoir le manoeuvrer. Lide de donner ce ballon la forme dun gigantesque saint Nicolas, afin de marquer les esprits, acheva de discrditer cette proposition. Il fallait trouver un moyen plus discret, qui se passe des structures hirarchiques de larme russe. Guttin mit alors lide de les confier des prisonniers, qui seraient susceptibles de se glisser dans les rangs ennemis sans veiller trop de mfiance et de pouvoir sadresser ainsi plus facilement leurs camarades.

Les relations diplomatiques avaient t rompues le 11 fvrier 1793, deux jours aprs lannonce de la mort de Louis XVI Saint-Ptersbourg. Les entrevues entre Caillard, dpch Berlin par la Rpublique en 1797, et Panin navaient pu aboutir.

Service Historique de la Dfense, dpartement de larme de Terre (SHD-T), Vincennes, 7 YD 292 : Etat de services du gnral Joubert.

Edmond CHEVRIER, Le gnral Joubert, Etude de sa vie, fragments de sa correspondance indite, Bourg en Bresse, Milliet-Brottier, 1860, p.

184.

G.M. GREPPI, Rvlations diplomatiques sur les relations de la Sardaigne pendant la 1re et la 2e coalition avec lAutriche et la Russie, Paris, 1859, pp. 69 71, cit par Hugh RAGSDALE, in "Russia, Prussia and Europe in the Policy of Paul I", Jahrbcher fr Geschichte Osteuropas, n 31, 1983, p. 88.

SHD-T, srie 1M, carton 1486, document 28 : "Il arrive souvent que des propositions de ce genre soient mises en avant pour avoir des fonds [] A Renvoyer aux Relations Extrieures avec une Lettre qui laisse cet objet la disposition de le [sic] ministre en Rattachant les manuvres celles du mme genre sil En Existe." Archives du ministre des Affaires Etrangres (AMAE), Paris, srie Correspondance politique (CP), sous-srie Russie, tome CXXXIX, document 198, f. 391 : Lettre du citoyen Guttin au Premier Consul, le 8 thermidor an VIII (26 juillet 1800). Le terme "naturels" dsigne ici des personnes nes en Russie et en Pologne.

A la fin du mois de fvrier 1799, Guttin put envoyer sur le Rhin deux Russes omaov, Sandoskij7 et un Polonais, nomm Lewontowski8, qui, tous trois prisonniers de guerre, avaient t librs des dpts franais dans le cadre de cette mission. En juin, il reut lordre de les faire revenir. On avait lintention de les envoyer en Italie, sur un front o la situation franaise tait plus dlicate du point de vue militaire. En effet, si Massna avait pu stabiliser le front helvtique, loffensive de Schrer en Italie connaissait un chec terrible9. Toute peine mritant salaire, Guttin se vit accorder par le Directoire, le 7 avril, la somme de 5040 francs, charge pour lui den faire "la distribution trois personnes charges dun service secret"10. Le mai, il reut nouveau 7200 francs, toujours pour un "service secret"11. Les comptes du Directoire ne prcisent pas lusage exact de ces sommes, mais on peut penser, en comparant les dates, que Guttin tait rtribu pour limpression des proclamations et le transport des trois prisonniers.

Cependant, "les variations quprouva alors le gouvernement"12 aprs le 18 juin, cest--dire le coup dEtat du 30 prairial, ainsi que les victoires russes de lt compromirent ce plan de propagande. La mort du gnral Joubert la bataille de Novi, le 15 aot 1799, interrompit dfinitivement le projet et il semble que les moyens aient manqu pour sa ralisation complte13. Guttin se voyait ainsi dans lobligation de conserver chez lui les dix-huit mille proclamations et de prendre en pension les trois prisonniers, en attendant de nouvelles directives14.

Une catchse rpublicaine Malgr laspect tonnant de ce projet, lide dutiliser les prisonniers russes fit son chemin. Ces captifs taient, on la vu, les premiers Russes que lon pt approcher en France. Ils constituaient ainsi le seul lien quon pouvait avoir avec la Russie en 1799, en labsence de relations diplomatiques. Aux premiers prisonniers faits lors des sorties franaises de Corfou, staient ajouts les soldats capturs sur les fronts dHelvtie et dItalie, puis ceux de la Rpublique batave. Ds les premires prises, lors de sorties effectues par les Franais Corfou, Guttin formula lide que ces prisonniers pourraient tre dune grande utilit, pour peu que lon sache se concilier leurs bonnes grces 15. Lentreprise tait dautant plus aise que, sur les vingt-cinq officiers quon avait fait prisonniers, les trois-quarts parlaient le franais16. Toutefois, les officiers ntaient sans doute pas les plus mme de se laisser gagner par les ides rvolutionnaires. Les moyens prconiss pour gagner les simples soldats la cause franaise taient des plus simples, fonds sur lide quon ne pouvait esprer "les indisposer par des mauvais traitements", car "ils ne pourraient jamais galer la discipline rigoureuse laquelle ils sont assujettis"17. Il fallait au contraire les traiter avec bienveillance. Lentreprise naurait semble-t-il rien donreux pour la Rpublique. De leau-de-vie, des salaisons et de la choucroute, tels taient les aliments que Guttin recommandait pour adoucir le sort des prisonniers russes. Guttin proposa mme de construire des tuves afin de leur permettre de retrouver les agrments des bains auxquels ils taient habitus.

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